Partager l'article ! Samedi 29 janvier 2011 : Ruisseling de la Rosière: Ruisseling ?! mais c'est quoi ce mot, c'est pas du ski, ça ? Et non, ce n'est pas du ski ! M ...
Ruisseling ?! mais c'est quoi ce mot, c'est pas du ski, ça ? Et non, ce n'est pas du ski ! Mais, janvier, le soleil, le froid, la neige ????? Ah oui, tiens la neige, c'est bien à cause d'elle si on n'a pas mis les skis ce week-end. Elle est où; la neige ? Et surtout quelle tronche elle a, la neige. Croutée, dure, tellement tassée qu'on se demande si elle arrivera à décailler dans les pentes sud, faut pas si chaud que ça ces derniers jours...
On a pensé à beaucoup de courses sans que ça ne rencontre un enthousiasme débordant. Rechercher la neige froide et poudreuse, c'était peine perdue. On cherchait le soleil, de belles pentes "plein sun" qui nous auraient offert une descente de printemps de rêve. Ah oui mais pour que ça chauffe, fallait pas aller trop haut. Et donc risquer de porter sur un paquet de mètres de déniv. J'avais bien pensé à la voie normale des Cornettes de Bise, mais quid de l'enneigement inférieur dans le Chablais ? La Tête de la Combaz aux Contamines, mais là assurément c'était portage en bas. Il y avait encore le col de la Fenêtre, côté Conta toujours, plein Est, mais aurait-il assez chauffé avec un soleil caché comme le prévoyait météo france. Bref, un vrai casse tête !
Du coup on a
changé notre fusil d'épaule et on s'est décidé à aller tâter du glaçon.
Direction un truc facile, parce que le glaçon, c'est comme l'escalade, hein, je suis loin d'y être à l'aise.
Diretion les Contamines quand même !
Avec un seul casque dans la voiture (pour faire de la cascade, c'est une riche idée d'avoir oublié son casque... oups).
Et des piolets d'une ancienne génération, ma foi, faudra bien que ça fasse l'affaire.
On est les premiers sur le parking, normal il est à peine 8 h. Sous un ciel qui promet d'être d'une pureté magique (saleté de météo...).
Le départ de notre voie semble bien humide... Un poil plus haut, la glace est beaucoup plus présente. Pour moi, ruisseling, c'est remonter un torrent gelé, donc a priori c'est plutôt très facile. Le topo indique bien quelques ressauts mais ça doit pas êter bien méchant.
La glace,
un univers qui m'est finalement très étranger. J'aime ses aspects, sa limpidité parfois, son son de cristal, j'aime moins son côté aléatoire, les glouglous bizarres de l'eau qui coule en dessous.
C'est plutôt ludique le début. On passe où on veut, on veut faire dans le très facile, on suit au plus simple, si on
veut un peu
plus grimper, quelques ressaut de quelques mètres sont là aussi. Une mini cascade, le cours du torrent, une autre petite grimpette et puis, on débouche sur...... ouaaaaaaaaaaaaah, c'est quoi ce
truc en face ???
Une cascade, pour de vraie. Bon, ben, ça va le faire, hein ?
Stef laisse son sac, on le montera en bout de corde. Il commence à grimper. Broche, une fois, puis deux (ah ces p****** de broches, du matos à enlever, ça je déteste !) C'est ce qu'il y a de pire les broches. On est souvent pas bien sur ses crampons, là faut en plus enlever les dragonnes des piolets, enlever la dégaine et tenter de l'accrocher avec des doigts engourdis par le froid, et ensuite encore, faut dévisser la broche, faire ultra super méga gaffe de ne pas la laisser tomber en bas - je me connais, maladroite comme je peux l'être, je serais bien du genre à en laisser filer une... - et puis elle aussi lui trouver une place sur le porte matos. Bref, un vrai calvaire pour moi. Stef repart mais petit souci, son piolet est resté coincé dans la glace. Le truc carrément bête quand même. Impossible de l'extraire. Ah il l'avait bien ancré ce soup ci...
Il y passe
un sacré temps, se fume un peu les jambes au passage, et moi je me refroidis doucement, mais sûrement. Il repart, je le vois monter dans un ressaut plus vertical et arriver,enfin. mais ce n'est
pas encore l'heure de grimper. Déjà, faut que je prenne le sac (et oui, faut m'expliquer comment on fait pour mettre un sac en bout de corde quand il reste quelqu'un à grimper et qu'on a mis des
protections, il passe comment le sac ???)
Moi je suis congelée. C'est pas rien de le dire. Je ne sens plus ni mes pieds, ni mes doigts, pratique pour placer comme il faut les crampons et les piolets... Ca démarre dans une petite traversée, j'ai du mal à m'y remettre. Je débroche (un vrai bonheur !) et arrive sur le ressaut plus raide. Et là, j'arrive plus à taper avec les piolets. J'ai l'impression de ne plus avoir de mains. Plus de sensation dans les doigts. Et de la buée sur mes lunettes. J'y vois plus rien. Ah non pas ça. Le sang qui revient dans les doigts. Comme au Rateau WE du 15 août 2010 : Tentative au Rateau en "hivernale" ! mais en pire. Ca brule, j'ai mal aux doigts, put*** j'ai mal aux doigts. Et ça dure, longtemps, une éternité. J'essaie vainement de planter les piolets mais je reste figée à plus pouvoir bouger tellement ça fait mal.
Les larmes qui coulent n'arrangent pas mon cas en terme de buée sur les lunettes. Fais suer.
Quand tout est rentré dans l'ordre, je repars, un peu vidée.
La suite est plus facile, la pause prochaine sera la bienvenue. sauf que en haut, il y a encore un rideau de glace,
encore plus
gros que le précédent. Il n'inspire pas trop Stéphane. Faut dire qu'il y a un morceau qui s'est cassé la figure. On fait la pause et on verra après.
On shuntera ce passage par une vire en "mixte auvergnat" (!) un peu expo pour retourner sur le haut de la cascade par une traversée descendante au sommet de la chute de glace, huuuuuuuuuuum ce
que j'adore, avec les branches d'arbres juste bien placées pour m'empêcher de passer sereinement. Dernières "difficultés" avec une cordée en passe de nous doubler. Ca me requinque ! Sympa
d'ailleurs ces dernières grimpettes. Le soleil est bientôt là. Après une marche dans la neige au milieu des falaises pour rejoindre le plateau de la
Rosière, on
débouche sur le plat, sous les contreforts du Tondu, dans une lumière éblouissante. C'est ça aussi le royaume de la glace, c'est l'absence de lumière. Pas forcément évident. C'est comme si on
avait changé d'univers là tout à coup. Soleil, chaleur, neige, sommets alentours, l'horizon, un autre monde. Le mien, oserais-je dire !
On descendra la voie romaine en crampons, et les personnes que l'on croise sur les skis nous confirment bien que c'était pas la panacée le ski aujourd'hui. Pas de regrets donc, aucun, ces courses ne sont que des bonus à prendre pour affronter des ambitions alpines avec encore dvantage de sérénité et de confiance ; même si j'attends désormais la neige avec une impatience non dissimulée. Allez, reviens la neige, reviens, on a tant de choses à découvrir encore.