Mercredi 31 juillet et Jeudi 1er août 2013 : Sur le Toit de l'Europe

Publié le par fof74

Il y a eu les Dômes de Miage, puis la tentative à la Grande Lui. J’avais le Dom des Mischabel dans les jambes ; elle la Bionnassay. Il n’y avait qu’une seule suite logique à nos courses, comme une apothéose de notre cordée : Le Mont Blanc.

 

P1100980P1100981Alors, quand Pauline m’a demandé si j’étais dispo pour ça, je n’ai eu aucune hésitation, c’était un OUI clair, franc et très net. Ouf, il restait 3 places à Tête Rousse pour ce mercredi soir, seul créneau possible. La météo se confirmait de jour en jour au beau fixe, oui, on allait donc tenter le Mont Blanc, toutes les deux, comme des grandes !P1100985

Sans excitation démesurée, c’est au contraire avec une lucidité aussi grande que ma détermination que je me suis lancée dans cette aventure « belettes ». Car si il y a trois ans, ma tentative, si magique fut-elle, en était restée au stade de la balade en altitude, histoire d’approcher le Géant Blanc, cette fois ci, je ne voulais qu’une seule chose : monter au sommet. A vrai dire, à part une défaillance physique de l’une de nous, chose aussi imprévisible que malvenue, il n’y avait absolument aucune raison que nous ne fouliâmes pas la cime la plus haute d’Europe. C’est d’autant plus pour cela que je voulais coûte que coûte garder la tête froide.

 

P1100979Tête froide mais à la bonne humeur car, une fois n’est pas coutume, notre soirée à Tête Rousse n’est pas passée inaperçue ! Il faut dire que les filles ne couraient pas les dortoirs et que nos élcats de rire une heure durant dehors avant le repas en ont surpris plus d’un !!!

P1100988Tête Rousse où nous avons pu observer l’un des plus beaux couchers de soleil de ces derniers temps, entre la Bionnassay, ses séracs un tantinet instables – on a eu droit à une belle chute suivie d’une jolie avalanche lors de notre montée au refuge – P1100989rosissant au dessus du glacier aux impressionnantes crevasses et la chaine au complet des Aravis, Pointe Percée en tête, flamboyant aux derniers rayons du soleil. Quel beau spectacle, il faut dire que nous avons eu une chance du tonnerre avec la météo, les pluies diluviennes du lundi ayant vidé le ciel de ses brumes d’été et lui ayant redonné tout son éclat. Une luminosité incroyable !


P1100994

 

 

P1100995

 

P1100996  P1110001

 

Pour la suite, tout était aussi clair que le ciel, et j’avais séparé notre itinéraire en trois parties.


1/ la montée au Goûter, qui se ferait de nuit. Dans mes souvenirs, interminable et bien cassante à cette altitude. Je me rappelle comme j’étais arrivée claquée au refuge du Goûter, avec limite la tête qui tournait.

 

Effectivement après une toute petite nuit qui s’est terminée à 1 h 30, la montée s’est faite exclusivement de nuit, à la frontale (une frontale qui avait des piles cette fois ci !!). Le guide de Pauline lui avait dit « vous pressez pas, mettez bien 3 h pour pas vous fatiguer ». Après la traversée du couloir du Goûter, toujours aussi peu agréable, même dans la pénombre, j’ai eu les yeux sur la montre pour garder une rythme très très cool. Pas plus de 300 m/h. Ce fut donc 2 h 30 à crapahuter, mettre les mains, chercher l’iti, mettre les crampons, les enlever, les remettre sur la fin à cause de la neige sur le sentier, faire quelques pauses, motiver Pauline qui commençait à avoir la fringale. Tout à coup le vent a fait un drôle de bruit. J’ai levé le nez, mais oui c’était bien ça, c’était le bruit du vent dans les rambardes du refuge-fantôme du Goûter. Nous étions à 3800 m, pour la première partie c’était gagné…

 

2/ la montée du Goûter jusqu’à Vallot, avec la grande pente de neige elle aussi interminable du Dôme, puis le replat pour souffler un peu et enfin le petit coup de cul qui permet d’arriver à Vallot, 4362 m.

 

P1110009C’est peut-être de là que je vais garder les plus belles images. Arrivées au sommet de l’Aiguille du Goûter à 4 h 45, la montagne émergeait de la pénombre, les lumières de Chamonix et Sallanches en bas se sont faites moins brillantes et surtout une pâle lueur éclairait l’horizon derrière la Verte. P1110011P1110010Ah cette Aiguille Verte, elle retrouve toute son aura depuis l’arête, sa silhouette se découpant magnifiquement sur fond de ciel d’aurore. Elle a fière allure depuis là, avec le col et la Grande Rocheuse à sa droite qui lui donnent un relief bien acéré. P1110014De l’autre côté, la Bionnassay omniprésente devant un ciel se teintant de bleu et de rose. Les couleurs du lever du jour, toutes plus belles les unes que les autres. Combien de fois je ne me suis pas retournée pour admirer ce spectacle grandeur nature.

Mais au-delà du spectacle, il y a bien l’effort et si cette montée m’a paru moins pénible que la fois précédente, elle n’en est pas moins…. chiante monotone. Ainsi le replat est arrivé P1110015avec soulagement, ça fait du bien de changer de vue et de marcher un peu en descente ! P1110016Allez, zou, un dernier effort et la montée à Vallot est avalée. Il y a beaucoup de monde sur l’arête des Bosses mais nous avons aussi croisé un nombre incroyable de personnes, et ce dès le Goûter. Vainqueurs de la nuit ? Malheureux alpinistes fourbus ? Nous ne saurons rien de ces gens qui parfois, avaient quand même l’air mal en point…

 

3/ L’arête des Bosses, l’inconnue, la fine et esthétique arête qui mène au sommet, la clef du succès, encore 500 m tout de même à avaler après les 1300 déjà faits…

 

P1110017P1110020Et oui l’arête des Bosses mille fois rêvée et imaginée. Je sens Pauline en légère baisse de forme. Et même si ce n’est pas difficile, c’est plus technique que le reste, suffit de bien rester sur ses crampons. Quelques embouteillages au départ des bosses il faut croiser et ce n’est pas toujours évident sur ce parcours parfois aérien et souvent assez étroit. Pauline commence à avoir du mal à avancer. Allez, on va pas P1110021s’arrêter maintenant, fais des petits pas, tu t’épuiseras moins, regarde, il reste plus qu’une bosse, 250 m et c’est gagné. Une pause, puis une autre, la corde qui se tend, je me mets à son rythme tout en essayant de la tirer parfois. Doucement mais sûrement oui, ma cocotte, on va y monter tout là haut à 4810 m ! Moi, c’est bizarre mais je pète la forme (enfin façon de parler, hein, je m’appelle pas Kylian ;-) et le Mont Blanc en moins de 5 h aller retour depuis Chamonix c’est pas pour maintenant !!) mais je me sens plutôt carrément bien. On a quitté les bosses qui font un peu les montagnes russes pour l’arête qui a pris une autP1110022re direction, il reste trois fois rien. Trois fois rien mais trois fois quand même car quand on croit que c’est le dernier mamelon, il reste encore quelques mètres à monter. La face nord plonge droit sous nos pas, impressionnante (heu, faut avoir envie de s’engager à skis là dedans quand même…) et le sommet il est à portée de bras. Je laisse Pauline passer devant, elle l’a bien mérité, je pense qu’elle en a un peu bavé. P1110029Et à 10 h 00 nous sommes sur le toit de l’Europe, au sommet du Mont Blanc, on a du mal à réaliser !!! On est heureuses, heureuses, c’est un instant formidable. Le panorama est à P1110030couper le souffle, on voit presque toutes les Alpes, c’est complètement dingue, tous les grandes sommets des Alpes sont sous nos yeux. Viso, Ecrins, Meije, Grand Paradis, Grande Casse, Mont Pourri, les Dômes de Miage tous proches et ridiculement minuscules, le Buet, ah ah le Buet, un vague tas de caillasses qui se distingue à peine, puis les Dents du Midi, l’Oberland, le Valais avec le Mischabel, le Cervin et j’en passe. P1110025En bas le refuge Gonella et la voie normale italienne, mouais bof, c’est quand même plein de trous cette histoire là !

J’ai une grosse pensée pour mon frère, sur le tour du Mont Blanc, lui et qui doit être vers le col de Balme. J’ai aussi une méga pensée pour mes loulous qui me manquent, là bas loin dans le vercors en colo, ils me manquent !!!

 

P1110031

Comme le vent est frisquet malheureusement on ne peut pas passer 3 heures au sommet alors comme d’habitude sans avoir réellement et pleinement profité du lieu, il faut déjà s’en échapper et prendre le chemin de la descente.

Descente qui sera longue, très longue, entre l’arête des Bosses où il faut garder toute sa P1110035vigilance, la remontée au Dôme du Goûter qui fatigue bien, la descente du Dôme si looooooooongue et casse pattes et surtout, la cerise sur le gateau, la descente de l’Aiguille du Goûter. Une plaie, une vraie plaie. Pour le coup interminable, avec la poussière, le soleil qui commence à cogner dur, on en a plein les bottes, ras les cacahouettes. On n’en peut plus de la caillasse à désescalader ou du sentier pourri. Seulement il reste encore la chose que je redoute à traverser : le couloir du Goûter. Ca a P1110038l’air d’aller, j’ai rien vu parpiner dedans encore, avons-nous de la chance avec la neige tombée les jours pécédents qui stabilise les gros pavés du haut ? Je viens de me faire la réflexion que nous sommes en vue du couloir et que deux pavasses tourneboulent et ricochent sur la neige en sifflant à toute allure. Cool, heu, non pas cool, 10 minutes plus tard et on était dans leur trajectoire. Pauline reprend le dessus, moi là, j’ai juste envie d’une télétransportation. Allez, on remet les crampons et on s’encorde sur le câble, comme ça au moins, si y en a une qui se fait emporter, il y  moins de dégâts. La seule perspective de me voir débarouler dans ce couloir accrochée à cette mince ligne de vie ne m’enchante absolument pas mais il faut bien traverser. Là, j’ai envie de dire, c’est un peu chacun pour sa tronche et j’ai pas demandé mon reste pour traverser à toute allure. Je file aussi vite que je peux et ne me pose aucune question de savoir si je vais me mouiller ou pas en traversant la rivière rigole du centre. Mais je suis passée, on est passé et c’est le principal.

 

Glacier de Tête Rousse ; il est déjà pas de bonne heure et si on veut choper un train pas trop tard, il faut se dépêcher. Alors vite vite on se change, vite vite on range tout en vrac dans les sacs, et vite vite on court sur le sentier – si peu caillouteux ; on en a maaaaarre des cailloux – qui descend au Nid d’Aigle. On arrive pile pour le train de 17 h 50, mais qui est complet, il nous faut poireauter une grosse heure pour le suivant et dernier train de la journée, à 19 h 00. On gruge tout le monde et on a donc une place assise confortable pour descendre. 20 h 20 on est aux voitures, que la journée a été longue ! Longue mais belle, avec tout de même quelques sentiments contradictoires.

Oui c’était un rêve, un rêve qui s’est réalisé de la plus belle des manières, oui c’est formidable de me dire que nous sommes allées là haut tout là haut par nos propres moyens.

Mais quel dommage que ce soit en fait sur le Mont Blanc, ce Mont Blanc trop médiatisé, où on croise tout et n’importe quoi et surtout du n’importe quoi ; où de peur de se faire voler quelque chose dans les casiers de Tête Rousse qui sont fermés à clef ; où beaucoup ne sont là que pour cela, le plus haut sommet d’Europe et où je pense beaucoup oublient que c’est avant tout une montagne, une belle montagne d’ailleurs, mais finalement une montagne – presque – comme une autre. Sentiments contradictoires aussi car si nous sommes heureuses et fières, on est d’accord pour se dire que c’est pas demain la veille qu’on remettra les pieds ici, et surtout par l’Aiguille du Gouter, cet itinéraire étant tout de même franchement une torture et plus qu’exposé.

Donc merci mille merci Pauline pour ce partage !

 

NB : Cet article, comme le fruit du hasard, sorte de point d'orgue, sera le dernier de mon blog, qui est plein ! Sans doute renaitra-t-il sous une autre forme, ou pas, en tout cas certainement de manière différente, d'autres projets sont en cours ou en passe de l'être... Merci à tous ceux qui se sont arrêtés sur ces pages au cours de ces quatre années riches en montagne !

Commenter cet article

ta p'tite manman 07/09/2013 18:51

C'est nous tous, ceux qui partagent ta passion de la montagne bien sûr, mais aussi ceux qui partagent la façon dont tu nous la fais vivre, qui te remercions. GROS BISOUS

*V* 03/09/2013 22:38

Oh non déjà la fin ? La fin de ce chouette article, et la fin du blog ? J'espère qu'il y aura une suite ;) Merci de nous faire partager ces récits pour prolonger le plaisir d'être encore "là-haut"
pendant quelques instants.